· Olivier Demichel · 4 min read
Le Bike Fit : vers l'optimisation de la performance
Le bike fitting repose encore largement sur l’expérience et l’observation visuelle. Mais comment valider objectivement l’efficacité réelle d’une position ? Vers une nouvelle ère du bike fitting basé sur la mesure aérodynamique.
Introduction
Le bike fitting s’est imposé comme un levier incontournable de la performance en cyclisme.
Les fitters disposent aujourd’hui d’outils sophistiqués permettant d’analyser la cinématique du pédalage, d’optimiser l’alignement articulaire et de sécuriser la transmission de puissance. Ces technologies ont profondément amélioré la précision des réglages et la compréhension biomécanique de la position du cycliste.
Pourtant, un paradoxe majeur persiste.
👉 Le fitting permet d’ajuster une position avec précision, mais il ne permet toujours pas d’en mesurer objectivement l’efficacité réelle sur la performance.
Un paradoxe au cœur du bike fitting moderne
Dans une séance de fitting, de nombreuses variables sont mesurées avec une grande précision : angles articulaires, amplitudes de mouvement, symétries, forces du cycle de pédalage.
Ces données permettent d’optimiser la posture du cycliste sur des critères biomécaniques solides. Elles constituent aujourd’hui le socle du fitting moderne.
Cependant, elles ne répondent pas à la question centrale du sportif :
“Cette position me permettra-t-elle réellement d’aller plus vite ?”
Car optimiser la biomécanique ne signifie pas nécessairement optimiser la performance.
Une position peut être biomécaniquement stable, confortable et efficiente sur le plan musculaire, tout en restant sous-optimale en termes d’efficacité globale, notamment lorsque l’on considère les résistances aérodynamiques.
C’est précisément ce point que la littérature scientifique met en évidence.
Une évaluation encore largement indirecte
Les travaux de Fonda et Sarabon (2010) ont montré que les modifications posturales influencent simultanément plusieurs dimensions de la performance : efficacité mécanique, coût énergétique et résistance aérodynamique.
Or ces effets ne sont pas directement visibles lors d’une séance de fitting.
De même, Debraux et al. (2011) ont démontré que de faibles variations d’angle du tronc peuvent entraîner des changements significatifs du coefficient de traînée, sans modification perceptible du geste du cycliste.
Underwood et al. (2011) vont plus loin en rappellent que les protocoles de fitting restent fortement dépendants de l’interprétation du praticien et que la validation objective de l’impact des ajustement sur la performance réelle demeure limité.
Ce n’est donc pas le manque d’outils qui constitue la limite principale du fitting moderne, mais l’absence d’indicateurs permettant de relier directement position et performance.
Vers un fitting véritablement orienté performance
L’évolution du bike fitting ne consiste pas seulement à améliorer la précision des mesures biomécaniques.
Elle implique un changement plus profond : passer d’une logique d’ajustement postural à une logique d’analyse de performance globale.
Une position ne peut plus être évaluée uniquement à partir de sa stabilité ou de son confort. Elle doit également être considérée à travers sa capacité à permettre au cycliste de produire efficacement sa puissance et, surtout, à transformer cette puissance en vitesse.
C’est précisément ce point qui reste aujourd’hui difficile à objectiver.
Dans ce contexte, l’intégration d’indicateurs directement reliés à la vitesse constitue l’une des évolutions les plus structurantes pour l’avenir du bike fitting.
L’aérodynamisme : la variable manquante du fitting
👉 L’aérodynamisme est aujourd’hui le seul indicateur directement relié à la vitesse.
Pourtant, cette dimension reste encore rarement intégrée dans les séances de fitting. Son évaluation nécessitant des infrastructures lourdes, telles que des souffleries ou des protocoles de terrain complexes, incompatibles avec la pratique quotidienne du fitting.
L’émergence d’outils d’analyse aérodynamique indoor comme AeroX change aujourd’hui profondément cette situation.
AeroX permet désormais de mesurer en temps réel la surface frontale du cycliste et d’objectiver directement l’efficacité aérodynamique d’une position, ajustement après ajustement, dans le cadre même d’une séance de fitting.
Pour la première fois, il devient possible de relier concrètement les réglages réalisés par le fitter à un indicateur mesurable de performance.
Cette capacité ouvre la voie à un fitting véritablement global, recherchant l’optimum individuel entre confort, production de puissance et efficacité aérodynamique.
Par ailleurs, l’aérodynamisme ne constitue pas un enjeu réservé aux cyclistes les plus rapides. Comme le montrent les analyses chronométriques, les gains relatifs sont souvent encore plus importants à vitesse modérée qu’à haute vitesse. Cela signifie que l’optimisation aérodynamique concerne l’ensemble des profils de cyclistes, et donc l’ensemble de la clientèle des bike fitters.
Lire notre article sur l’évaluation des gains chronométriques,
Conclusion
Le bike fitting a atteint un haut niveau de sophistication biomécanique.
Pourtant, l’efficacité réelle d’une position est longtemps restée difficile à objectiver, en raison de l’absence d’indicateurs permettant de relier directement posture et performance.
L’intégration de la dimension aérodynamique dans les outils de fitting permet aujourd’hui de franchir une étape décisive.
L’enjeu du bike fitting de demain est de démontrer que chaque réglage permet d’aller plus vite.
Références scientifiques
Fonda, B., & Sarabon, N. (2010). Effects of posture on cycling efficiency and aerodynamics. Journal of Sports Sciences.
Debraux, P. et al. (2011). Influence of cycling posture on aerodynamic drag. Journal of Applied Biomechanics.
Underwood, J. et al. (2011). Cycling position and bike fitting methods: a review. Sports Medicine.
Bini, R. R., & Hume, P. (2014). Relationship between cycling position and performance. Sports Biomechanics.
Blocken, B. et al. (2013). Aerodynamic drag of cyclists: CFD analysis. Journal of Wind Engineering.


